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AdopteUnMec.com ouvre une boutique à Paris

La découverte

Je sais, j’aurais du vous offrir un article sur Causette cette fois (ne vous inquiétez pas, on le prépare, et à quatre mains!), mais là il s’agit d’un buzz à diffuser d’urgence!

Je suis en train de cogiter en mangeant du raisin sur mon canapé quand, il y a plus au moins dix minutes, mon amie Mariona m’envoie un message sur Facebook: “regarde ce qu’on a vu aujourd’hui!” en joignant un article apparu sur le magazine Next. Je clique, je vois une femme devant une vitrine, je reconnais une rue parisienne, puis un homme dans la vitrine (le surfeur). AdopteUnMec.com, je connais, mais mieux vaut y revenir car je ne comprends toujours pas le lien avec les Halles. Pour moi, c’était un site de rencontres, et là je vois une boutique dans le centre de Paris, ça ne colle pas.

Le slogan du site:

Le concept d’adopteunmec.com est simple. Le client est roi et, en l’occurrence, il est reine.
Honneur aux dames.

Au supermarché des rencontres, les femmes font de bonnes affaires.

De la page d’accueil du site

Les femmes se servent dans ce magasin virtuel, qui balance des offres telles que “la semaine internationale de la moustache”, “offre spéciale pilosité”, “série spéciale carottes”. On y propose de portraits d’hommes assez rigolos ou carrément plus sérieux, et la possibilité de rencontrer un partenaire pour une durée à déterminer. Les hommes sont catégorisés selon d’impitoyables critères psycho-physiques : « un moustachu mis en panier, un barbu offert ». Métaphores culinaires-sexuelles à l’appui. Les femmes jugent et achètent, les mecs n’ont qu’à espérer de se faire remarquer.

Pour Next, le même principe s’applique à la boutique parisienne:

Le principe est le même que sur le site Internet. Les hommes sont des «objets», des «animaux», qui payent pour être mis à disposition de femmes qui peuvent les choisir à leur convenance.

Cette boutique itinérante qui fera un peu le tour de la France semble bien traduire le virtuel en performance. Les hommes sont exhibés dans des boites transparentes et tous incarnent en le parodiant un stéréotype lié à la masculinité. L’avantage, c’est que l’éventail des masculinités proposées questionne les représentations en élargissant le domaine du possible sensuel, en ouvrant la sémantique du désir. Les catégorisations corporelles sont hypostasiées. On lui pardonne presque son hétéronormativité dictatoriale, à laquelle on doit se soumettre dès qu’on accède au site. Je suis une femme / Je suis un homme.

La libido du consommateur

Sur la page principale du site, pour attirer la clientèle masculine, on y poste également les photos des dernières clientes en visite : ça rend l’inscription plus alléchante, et ça donne aux hommes le choix de se faire acheter ou pas, une fois que les femmes ont partagé leurs détails. On joue aux acheteuses, on s’amuse. Pour l’instant, on offre aux femmes l’illusion d’être les seules à choisir et d’une toute-puissance consommatoire (ce qui les poussera à consommer davantage). En effet, on capitalise sur l’inégalité salariale entre hommes et femmes, vu que les hommes paient pour s’inscrire au site car en moyenne ils gagnent plus. Au fait, c’est les hommes ici qui d’une certaine manière peuvent se payer les femmes. Dans cette complexité semantique pas mal contradictoire, essayons de trouver un fil.

Le logo

Il faut le dire, ce logo avec un homme littéralement balancé dans un caddy, m’a conquise. Dans la boutique, les hommes sont dans une boite transparente. Ils nous font des clins d’œil, on les invite boire un verre sur les fauteuils du magasin, pour discuter. Dans ces boites, tous les inscrits peuvent apparemment y passer.

Les méfiants secouent leur tête en se demandant jusqu’où la société de consommation nous emmènera. Pourtant, on a accepté dans plein de domaines que nos vies aient un but lucratif ; les femmes consomment au même titre que les hommes, c’est même un marché très rentable. Le marketing est sensible au genre, nous le savions déjà, et même le féminisme se fait parfois chosifier, manipuler, vendre (mais de ça, nous allons en parler la prochaine fois).

Dans la rue, on n’est pas égaux

AdopteUnMec met en scène et radicalise l’imaginaire lié à l’objectification du corps des hommes et par là, montre précisément qu’exhiber un corps d’homme en public n’est pas la même chose qu’exhiber un corps de femme. Une femme dans une vitrine nous renvoie tout de suite à la prostitution, au trafic, à l’harcèlement sexuel.  Une femme n’a pas le même accès à l’espace public qu’un homme, c’est pour cela que cette opération est drôle et instructive à la fois, car finalement elle nous montre qu’exhiber le corps d’un homme n’est pas affaire dangereuse, elle peut être même ironique. Par contre, l’exhibition des femmes est tellement chargée de significations que, à juste titre, un tel buzz n’aurait simplement pas lieu : l’inégalité de genre est structurale, on ne peut pas le nier. De plus, la femme-objet ne peut plus représenter une opération marketing, car elle fait malheureusement partie des mœurs : elle ne nous surprend plus. En absence d’un sujet, la possibilité de choisir s’estompe : nous ne savons plus qui conduit le jeu. Nous l’avons vu avec le documentaire sur l’harcèlement sexuel dans les rues de Bruxelles par Sofie Peeters. Une femme en public est une femme potentiellement en danger même quand elle se veut invisible.

De la page Facebook

AdopteUnMec rend un paradoxe visible, celui de l’inégalité hommes/femmes qui fait qu’un corps mâle en vitrine nous fait plutôt marrer. Ce n’est pas synonyme de violence. Il le fait en jouant sur le concept de choix et sur la visibilité. Il nous donne l’impression de pouvoir choisir librement et d’acheter un homme, quand on vit dans un monde où la femme se trouve piégée dans des échanges économiques-sexuels au sein de la famille ainsi que dans les réseaux de trafic des corps. Il nous montre aussi que le corps d’un homme qui se donne à voir, qui se rend volontairement visible, peut le faire en régime de liberté : on a l’impression que tout le monde est maître de son destin, l’illusion base du consommateur. Cette visibilité dans les rues que nous expérimentons souvent malgré nous, eux, ils peuvent la jouer. En rigolant, on le rappelle.

Malgré tout, on rigole

Mais AdopteUnMec nous montre également que, dans l’ample panorama des sites de rencontres, il y a de la place pour l’ironie. Cela ne change en rien la nature (pseudo)commerciale des sites de rencontres : on y va pour reluquer, se faire reluquer, juger et se faire juger, reconsidérer notre manière de voir l’autre. On y trouve toujours la possibilité de créer des rencontres ou de les refuser, une fois qu’on a eu accès au site. Mais AdopteUnMec rend visible l’invisible, et en cela je le soutiens. Pour lui, l’émancipation sexuelle des femmes est la condition de base pour pouvoir jouer ce jeu de séduction. Il met plutôt en scène les fantasmes et fantaisies qu’ont les femmes qui disent leur sexualité, et il les intègre dans la société de consommation en contribuant peut-être à la changer. Ce n’est pas de cynisme, c’est enfin une dose d’auto-ironie dans un monde mâle si préoccupé par son affirmation. Un acte réflexif.

Test pratique, inspirations musicales

Mes amies qui ont testé, ont adoré le coté supermarché, car elles en avaient marre de modèles de sexualité féminine promus, par exemple, par l’industrie porno « pour femmes » : ambiance tamisée, cadre rassurant, lingerie sexy, mots et sexe doux… ça les libère de pouvoir dire qu’elles veulent un mec tatoué pour une aventure d’une nuit. Et mes amis, eux aussi, ils adorent, car ils n’espèrent que de tirer un bénéfice éternel de l’émancipation sexuelle des femmes.

Diam’s – Un mec mortel

« Y a un truc qui va pas, non ? » demande Diam’s en essayant un mec au centre commercial, dans son clip Un mec mortel. « …Trop grand », répond une copine vraiment pas convaincue par le modèle. Et la vendeuse leur apporte la taille en dessous. Suit un voyage visuel autour de l’homme-objet, mannequin modulable selon les envies. Ces images déjouent les clichés sur la masculinité et la féminité proposé par la culture dominante et si présents dans nos vies quotidiennes, avec comme résultat un mélange subversif de symboles et pratiques liés au genre.

 Parole libérée, féminisme pop?

AdopteUnMec fait quelque chose de très similaire, et en cela est pour moi liberateur, potentiellement féministe. Il libère la parole des femmes en lui donnant une double possibilité: celle de s’inscrire dans les rapports sociaux de sexe “classiques”, ou de les renverser. Et ça lui réussit, d’une façon qui parle à tous et ne se veut pas produit d’élite (comme quoi le féminisme est domaine de toutes et tous). La preuve, le happy end qui surprend et rassure ceux qui ont peur des sexualités prédatrices, et qui remet AdopteUnMec à sa place, celle de catalyseur de rencontres humaines :

J’ai mis une homme dans mon caddie il y a 2 ans car je trouvais le concept rigolo sans savoir qu’il serait un jour, mon mari et le futur papa de mon petit d’homme……. MERCI à vous d’avoir donné à ma vie ce soleil qui me manquait tant!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! (tiré de la page Facebook d’AdopteUnMec)

C’est au 15, rue des Halles à Paris.